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LA CREATION
ARTISTIQUE FRANCAISE EN DANGER
Une table ronde a été organisée à
l'initiative de l'Association L'oeil Neuf, Association pour la promotion de
l'Art moderne et contemporain, au Centre Culturel Christiane Peugeot, 62 Avenue
de la Grande Armée, Paris 17e le 24
janvier 2006 sur le thème de la situation préoccupante des artistes peintres et
sculpteurs en France. Près de 100 personnes ont pris part au débat qui s'est
révélé passionnant et a débouché sur les conclusions suivantes :
La France est l'un des
rares pays à s'être dotée dès 1959 d'un Ministère de la Culture. Cependant, un
déclin de la France au niveau international paraît évident: un seul
artiste français a été sélectionné à la Biennale de Venise 2005. La France
manque d'artistes-locomotives capables de s'imposer dans les grandes foires
internationales d’ « Art
Contemporain », alors que d'autres pays, les Etats-Unis en
particulier, ont su faire la promotion de leurs artistes sans l'intervention
d'un ministère spécifique.
Pourtant, la France a la chance d'avoir d'excellents
artistes de niveau international qui ne sont pas mis en valeur et représentent
pourtant une véritable richesse inexploitée.
Si le marché français est en déclin, une des principales
causes en est le manque de culture artistique. En développant l'initiation à
l'art dès l'école, comme le fait l'Association L’oeil Neuf avec son exposition
didactique itinérante, on forme les futurs collectionneurs.
La création artistique doit être encouragée en mettant à
la disposition des artistes des espaces culturels comme on met des stades à la
disposition des sportifs. Toutes les formes de création artistique doivent être
également développées, la peinture et la sculpture, qui continuent à se
renouveler et à faire preuve de créativité, restant des éléments de base.
à imprimer et renvoyer
par courrier
à L’œil Neuf, 52 quater
bd de Belgique, 78110 Le Vésinet
ou par fax 01 30 71 27
33
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COMMENTAIRES RECUS
De Sylvie K, sculpteur :
j'ai été très agréablement
surprise de découvrir que des amateurs d'art bénévoles et indépendants prenaient
la défense de l'art en France. Nous sommes, nous créateurs vivant de nos
oeuvres, dans une situation des plus préoccupantes. Précarité et isolement sont
nos compagnons les plus fidèles. La « société française », si on peut
appeler ainsi « l'esprit général » régnant en France, semble ignorer
l'importance d'une production artistique actuelle, propre et originale.
Aujourd'hui, les esprits se satisfont de l'importance de notre patrimoine
artistique. On n'a jamais vu autant de monde dans les grandes expositions
rétrospectives du Grand Palais. Il est vrai que notre passé est riche et
enviable par le monde entier. Ces publics semblent ignorer que, pour que ces
collections existent, il a fallu des vies entières consacrées à l'art, parfois,
pour certains, dans des conditions dramatiques. Malheureusement les choses ne
se sont pas améliorées pour les artistes ces dernières décennies. Il est
illusoire de penser que les pouvoirs publics sont en mesure de promouvoir la
création artistique, tout juste peuvent-ils réglementer quelques mesures favorisant les
investissements des entreprises et des institutions. Je suis convaincue que
l'avenir des talents d'aujourd'hui passe par le mécénat. Le monde a changé et
les notables cultivés d'antan disposés à investir dans une oeuvre contemporaine
sont aujourd'hui des cadres d'entreprise sans aucune initiation artistique. Ce
sont ces esprits qu'il convient de former à une « liberté du regard » afin de
développer chez eux une réelle sensibilité propice à élever le niveau de leur
capacité d'analyse. Le monde de l'entreprise a tout à gagner dans ce type
d'investissement tant en bénéfice interne pour les personnels qu'en termes
d'image vis-à-vis de l'extérieur. « L’œil Neuf »… participe à combler ce vide
abyssal laissé par l'Education Nationale pour les arts plastiques.
Il faut savoir que ce ne sont pas les artistes
qui « s’imposent » dans les grandes foires internationales comme la
FIAC mais ce sont les grandes galeries exposantes qui imposent leur choix
d’artistes.
La fabrication de la
notoriété d’un artiste sur le plan international représente un investissement
financier qui relève de la « promotion marketing » d’une entreprise.
Les galeries ne font cet
investissement que lorsqu’elles sont convaincues que le marché leur est favorable.
L’Art et le marché de l’Art
sont deux entités totalement dissociées.
D’un côté, les artistes
créateurs, souvent décalés d’une certaine réalité économique actuelle, parfois volontairement, parfois involontairement….
De l’autre, les marchands d’Art,
en principe à l’affût des courants artistiques, qui devraient théoriquement
donner les moyens aux premiers de montrer leur talent individuel au grand
public
En réalité, on trouve
aujourd’hui en France un Art officiel, une nouvelle Académie
imposée par le Ministère de
la Culture, par le biais des commissions d’achats telles que les FRAC, FNAC,
DRAC etc. qui donne le « La » du Artistiquement- Correct.
Il ne s’agit plus de juger
de la bonne (ou mauvaise) qualité d’un
œuvre mais de son caractère « émergent »
En clair, ce qui est
totalement nouveau, jamais vu, inédit, différent, dernier cri…
Toute forme
d’éclectisme esthétique passe automatiquement, auprès des
commissaires du Ministère, pour des
courants ringards et dépassés.
Les références au passé, à
la nature, aux évènements (c.a.d. à l’environnement) qui ont, depuis que l’Art
existe, influencé TOUTES les générations
d’artistes, sont balayées au profit de cette « modernité » que l’on
veut « communiquante » :
Les œuvres sélectionnées par
les commissions d’achat doivent être « explicitées » par des textes
écrits permettant d’apporter un éclairage intellectuel au public...
Le Grand Public est méprisé.
Par conséquence, il se détourne du monde
des Arts Plastiques actuels qu’il considère, à raison, comme une pantalonnade
inutile…..
De Arlette L., peintre
je pense que le Ministère de
la Culture n'est pas l'unique responsable de la modestie du marché de l'art
français dans le monde,… Il gère le mieux qu'il peut le patrimoine important
national, ce qui représente un sérieux capital et un personnel nombreux.
Les banques américaines
toutes-puissantes et les entreprises privées et mécènes… sont difficiles à
concurrencer. C'est un mécanisme qui nous est peu connu et en arrière-plan, le
budget destiné à la diffusion de l'art français trop pauvre pour convaincre les
puissances de l'argent. On peut sans se tromper, reprocher à l'état de
favoriser sa propre production, d'être son propre client, de peu porter à
l'extérieur ou même pas du tout ses exploits en la matière, mais surtout de
mettre dans les mains du monde commerçant la gestion de lieux de mostration
tels que le Grand palais, le Palais de Tokyo et autres endroits qui pourraient
être accessibles aux associations indépendantes d'artistes (et pourtant il y avait
un projet ministériel intéressant qui n'a pas abouti), ce qui a pour
conséquence d'appauvrir ces dites associations qui ne peuvent faire face aux
dépenses exagérées attachées à ces lieux, de les priver ainsi de l'appui des
médias
De Anne G., galeriste :
il est navrant que ce soit
toujours les mêmes artistes qui sont mis en avant, les artistes
« officiels » en quelque sorte qui ne sont pas meilleurs que les
autres : ils sont médiatiques ou provocateurs ou les deux. L'art doit
provoquer une émotion mais il ne doit pas à tout prix choquer le public, ce qui
est mis en avant c’est la pornographie et la morbidité, pourquoi ? l'art
peut-être aussi l'harmonie et la vie. Les phénomènes de mode ne devraient pas
exister en art, cela n'a aucun sens. Un artiste qui a été abstrait toute sa vie
ne va pas devenir figuratif pour être à la mode. Il y en a malheureusement qui
tombent dans le piège mais le résultat n'est en général pas très heureux.
Toutes les expressions artistiques doivent avoir leur place à partir du moment
où elles sont sincères et non inspirées par le marché, par quelques lobbys ou
par les médias.